Par: M. André Laforest, ing.M. Sc., hydrogéologue, Président de Laforest Nova Aqua
Vous avez probablement une idée générale de la quantité d’eau que vous consommez. Une partie de celle-ci est utilisée pour une consommation directe, comme l’eau que l’on boit ou que l’on utilise en cuisine. Une autre partie sert à l’hygiène. À titre indicatif, lorsqu’il évalue les besoins d’une population, l’ingénieur ou l’hydrogéologue considère que le Québécois consomme en moyenne 400 litres d’eau par jour!
Vous comprendrez bien que vous ne buvez pas 400 litres dans une journée. En fait, vous n’en consommez qu’un peu moins de 10 %, soit environ 40 litres par jour. Pourtant, les règles sont telles qu’une municipalité doit produire en moyenne 400 litres par jour pour chaque personne connectée à son réseau. C’est donc dire que l’eau que vous buvez a une valeur significative : pour chaque litre consommé, 10 litres sont produits.
Il existe une eau que l’on ne voit pas et qui circule à une échelle beaucoup plus grande que votre municipalité. Madame, Monsieur, voici l’eau virtuelle! Il s’agit en fait de la quantité d’eau nécessaire à la production d’un bien. Cela peut aussi bien être une boisson, telle que la bière, de la nourriture, comme du riz, ou encore même un bien de consommation, à l’exemple d’une voiture.
L’eau virtuelle est très particulière du fait que les pays en exportent et en importent. L’Organisation des Nations Unies (ONU) calcule ces mouvements parce qu’ils ont des impacts significatifs sur les pays en voie de développement, et même sur les pays industrialisés.
En effet, l’empreinte eau (consommation d’eau virtuelle) per capita à l’échelle mondiale est évaluée à 1 385 mètres cube par an, alors qu’au Canada l’empreinte eau est de l’ordre de 2330 m3/an. De cette dernière valeur, une partie de l’eau virtuelle provient du Canada même (produits locaux), et une partie provient de l’extérieur du pays, comme par exemple le fromage suisse à raclette. On comprend alors qu’une partie de l’eau canadienne est exportée dans nos produits. Pour reprendre les exemples précédents, 75 litres d’eau sont nécessaires pour produire un petit verre de bière de 250 ml (une bouteille de bière équivaut à 342 ml). La majorité de l’eau virtuelle liée à la bière est utilisée pour cultiver l’orge servant à sa fabrication. C’est donc dire que pas mal d’eau virtuelle est exportée vers les États-Unis pour diversifier le choix de bière sur les tablettes d’épicerie, les bars et les restaurants.
La bière est un exemple, mais vous pourriez être surpris de certaines quantités d’eau nécessaires à la production de certains biens! Un kg de bœuf nécessite 15 500 litres d’eau virtuelle (ce n’est pas une faute de frappe, je vous assure!) à cultiver les céréales servant à le nourrir et l’eau pour l’abreuver.
C’est donc dire qu’exporter est peut-être bon pour l’économie de notre pays, mais nous exportons inconsciemment une grande partie de notre ressource eau. Le même raisonnement s’applique aux autres pays! En effet, il est plus sensé pour un pays où l’eau est rare de ne pas exporter certains produits! Et c’est ce que l’Inde fait : avez-vous déjà vu du bœuf Indien à l’épicerie?
Vous voulez connaître votre empreinte eau personnelle? Je vous suggère d’utiliser la calculatrice au site web suivant : http://www.waterfootprint.org/?page=cal/WaterFootprintCalculator
Pensez-y bien! L’eau est un bien collectif et la mondialisation de l’eau est dans votre cour! Bonne réflexion!