Par: M. André Laforest, ing.M. Sc., hydrogéologue, Président de Laforest Nova Aqua
Une chose est certaine : le gaz naturel et l’eau étaient tous deux là avant l’homme. Autre fait avéré : l’exploitation de l’eau a débuté avant parce qu’elle était visible par l’homme.
Je ne crois rien vous apprendre en mentionnant que le monde a besoin d’énergie, et que le même monde a besoin d’eau. La population mondiale augmentant, les besoins en eau et en énergie augmentent eux aussi.
Bien que le gaz de shale n’ait actuellement pas la cote un peu partout dans le monde, retenons que les plus importantes sources d’énergie en termes de production sont les combustibles fossiles et le nucléaire. Or, le nucléaire n’a pas la cote non plus en raison des récents évènements au Japon; on peut maintenant parler d’une liste des pays abandonnant le nucléaire. Les combustibles fossiles s’imposent alors toujours comme incontournables en attendant de trouver des alternatives de production élevée (comprenons ici que l’éolien et le solaire ne sont pas considérés pour de tels besoins).
On peut donc juger raisonnable que le gaz de shale soit exploité dans un avenir pas si lointain, le temps que l’on documente davantage cette filière, ce qui est actuellement fait un peu partout dans le monde. Au Québec, ce besoin de documenter davantage la filière vient du fait que le shale est considéré une source nouvelle, donc inquiétante, et qu’une exploitation éventuelle se situe en zones habitées. À cet égard, on ne s’en sort pas car les shales contenant le gaz naturel et les zones habitées occupent à peu de chose près le même territoire.
Si l’on considère cette avenue comme une finalité éventuelle, l’exploration et l’exploitation pour le gaz de shale auront un impact sur l’eau de la région investiguée. Une suggestion aux titulaires de charges municipales : préparez-vous! Soyez préventifs! Développez de façon durable!
On s’inquiète de l’éventuel impact sur la quantité et la qualité des eaux de surface et souterraines. Il importe donc de déterminer quel en est le portrait actuel pour mesurer les impacts, et aussi définir l’impact maximal acceptable; le niveau d’impact acceptable ne sera pas le même pour toutes les municipalités. Il est sage mais surtout fortement recommandé que les municipalités documentent le portrait actuel de la ressource eau sur leurs territoires; ceci devrait être fait de toute façon, abstraction faite de l’événement « gaz de shale » - bien connaître sa région va au-delà des routes et attraits touristiques.
L’état de l’eau sur un territoire est une étude qui peut être poussée à divers niveaux. Les caractérisations suivantes peuvent être faites :
- réseau hydrographique : définir les bassins versants topographique et réel (en fonction des particularités géologiques et hydrogéologiques), tracé des cours d’eau et définition des milieux humides, mesure de débit des cours d’eau en fonction des saisons et des évènements pluviométriques pour certains, les effets anthropiques sur les eaux du système;
- cartographie des aquifères (sources d’eau souterraine) : les débits, quantités et qualités pouvant en être soutirés, même celles n’alimentant pas encore de populations mais ayant le potentiel;
- analyses d’eau souterraine : cations et anions majeurs, pH, conductivité, solides dissous, nitrate, composés volatils, produits pétroliers, As, Ba, Ca, Cr, Fe, Mg, Se, B, Na, Cl, K, HCO3, méthane biogénique vs thermogénique, radio-isotopes, éléments radioactifs;
- faire un instantané des conditions et définir les tendances naturelles.
Pour ce qui est des gaz de shale, le gouvernement et les compagnies gazières s’y affairent. Concernant le développement durable d’une région (ce qui est bien au-delà de seulement le gaz de shale), les municipalités ont un rôle déterminant: documenter les divers aspects de son territoire dont la ressource « eau ». Le territoire est le patrimoine et l’actif majeur d’une municipalité après tout!